



Harlem. Le seul bout de terre qui appartienne totalement aux Noirs d'Amérique. Dans le bien et le mal. De plus en plus dans le mal. Cela n'empêche pas le narrateur de cette extraordinaire chronique de retourner y vivre. Et ce retour délibéré est le point de départ d'un voyage envoûtant dans le quotidien et dans l'histoire de ce quartier new-yorkais qui s'effrite physiquement et moralement : les appartements délabrés, les trottoirs sordides, les sacs-poubelles remplis de rats, les enfants livrés à eux-mêmes. Mais aussi un quartier magique qui reflète l'identité d'un peuple en mal de reconnaissance. En somme, plus qu'un quartier : une inoubliable mère-patrie.Eddy L. Harris, né à Indianapolis, est diplômé de la Stanford University. Dès son premier livre, Mississippi Solo (1988), il est salué par la critique américaine. Il est également l'auteur de Jupiter et moi, paru en septembre 2005, très remarqué par la presse française. Aujourd'hui, Eddy L. Harris a quitté Harlem et élu domicile en France."Eddy L. Harris - en Marcel Proust noir -fait remonter ses souvenirs d'enfance comme des petites bulles et nous livre un Harlem plein de rumeurs, de bruits, de couleurs. " Pénélope Rault, Jalouse"Partant de cette quête de lui-même, l'écrivain arrive aux autres, à la vie."Solenn de Royer, La CroixExtrait du livre :Un vieil Italien de ma connaissance avait fui son pays dans sa jeunesse. Les fascistes prenaient du galon. L'Italie se trouvait en pleine dépression, comme le reste du monde. En ces temps-là, la vie dans un petit village devait être assez rude. Et c'est tout ce que je sais de cet homme et de ses origines. Il se peut qu'il ait fui les difficultés que connaissait l'Europe, ou la guerre qui se profilait. Il se peut qu'il ait cherché une vie meilleure que ce qui s'offrait là où il avait grandi. Pour ce que j'en sais, il est également possible qu'il ait eu envie de voir du pays. Je ne sais rien de lui, ce qui ne m'a pas empêché de le traiter de lâche; je l'ai traité de lâche parce qu'il n'était pas resté en Italie pour combattre le mal qui gagnait le pays; traité de lâche parce qu'il n'était pas resté pour lutter et faire de sa patrie l'endroit plus heureux qu'il avait cherché ailleurs.Si c'est de la lâcheté, alors moi aussi, j'ai été lâche. Comme le vieil Italien, je suis parti de chez moi. J'ai quitté cette zone de ma vie, que j'appelle aujourd'hui Harlem, sans pratiquement un regard en arrière, quitté ce qui était familier voire confortable, tourné le dos à ma famille, à mes amis et mes voisins, sur le plan de la métaphore sinon de façon absolue, du moins inconsciemment; il n'empêche que je les ai tout de même quittés. Et je ne suis jamais revenu.Depuis, je suis en quelque sorte sans foyer.Je suis parti un samedi après-midi. J'avais dix ans. Ma famille venait de déménager en banlieue. Et ce samedi-là, on m'a envoyé me faire couper les cheveux. Je suis sorti de la maison, j'ai tourné à droite, un mauvais tournant sans doute, je ne le saurai jamais, et j'ai quitté Harlem. En partant, je laissais derrière moi un univers totalement noir. Je n'y suis jamais vraiment retourné. Je n'ai jamais regardé une fois en arrière -jusqu'à aujourd'hui. Et puis tout à coup, Harlem s'est mis à murmurer à l'oreille de mon imaginaire. Harlem s'est mis à chanter pour moi, à me parler, à me rappeler au bercail.Alors, je suis retourné à Harlem, quoique n'y ayant jamais vécu - je suis revenu pour la première fois il y a un peu plus de deux ans, revenu quoiqu'en vérité je n'y aie jamais mis les pieds, revenu quoique je n'en sois en un sens jamais parti.Harlem est ainsi fait. Pour les Noir américains, il n'existe pour ainsi dire pas d'échappatoire. Même si vous n'y avez jamais mis les pieds, vous y avez toujours vécu. Comme l'a dit un jour Ralph Ellison «Harlem est là où vont les gens de couleur», et quoi que nous fassions pour nous en sortir, son ombre plane au-dessus de nous tous.
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Harlem. Le seul bout de terre qui appartienne totalement aux Noirs d'Amérique. Dans le bien et le mal. De plus en plus dans le mal. Cela n'empêche pas le narrateur de cette extraordinaire chronique de retourner y vivre. Et ce retour délibéré est le point de départ d'un voyage envoûtant dans le quotidien et dans l'histoire de ce quartier new-yorkais qui s'effrite physiquement et moralement : les appartements délabrés, les trottoirs sordides, les sacs-poubelles remplis de rats, les enfants livrés à eux-mêmes. Mais aussi un quartier magique qui reflète l'identité d'un peuple en mal de reconnaissance. En somme, plus qu'un quartier : une inoubliable mère-patrie.Eddy L. Harris, né à Indianapolis, est diplômé de la Stanford University. Dès son premier livre, Mississippi Solo (1988), il est salué par la critique américaine. Il est également l'auteur de Jupiter et moi, paru en septembre 2005, très remarqué par la presse française. Aujourd'hui, Eddy L. Harris a quitté Harlem et élu domicile en France."Eddy L. Harris - en Marcel Proust noir -fait remonter ses souvenirs d'enfance comme des petites bulles et nous livre un Harlem plein de rumeurs, de bruits, de couleurs. " Pénélope Rault, Jalouse"Partant de cette quête de lui-même, l'écrivain arrive aux autres, à la vie."Solenn de Royer, La CroixExtrait du livre :Un vieil Italien de ma connaissance avait fui son pays dans sa jeunesse. Les fascistes prenaient du galon. L'Italie se trouvait en pleine dépression, comme le reste du monde. En ces temps-là, la vie dans un petit village devait être assez rude. Et c'est tout ce que je sais de cet homme et de ses origines. Il se peut qu'il ait fui les difficultés que connaissait l'Europe, ou la guerre qui se profilait. Il se peut qu'il ait cherché une vie meilleure que ce qui s'offrait là où il avait grandi. Pour ce que j'en sais, il est également possible qu'il ait eu envie de voir du pays. Je ne sais rien de lui, ce qui ne m'a pas empêché de le traiter de lâche; je l'ai traité de lâche parce qu'il n'était pas resté en Italie pour combattre le mal qui gagnait le pays; traité de lâche parce qu'il n'était pas resté pour lutter et faire de sa patrie l'endroit plus heureux qu'il avait cherché ailleurs.Si c'est de la lâcheté, alors moi aussi, j'ai été lâche. Comme le vieil Italien, je suis parti de chez moi. J'ai quitté cette zone de ma vie, que j'appelle aujourd'hui Harlem, sans pratiquement un regard en arrière, quitté ce qui était familier voire confortable, tourné le dos à ma famille, à mes amis et mes voisins, sur le plan de la métaphore sinon de façon absolue, du moins inconsciemment; il n'empêche que je les ai tout de même quittés. Et je ne suis jamais revenu.Depuis, je suis en quelque sorte sans foyer.Je suis parti un samedi après-midi. J'avais dix ans. Ma famille venait de déménager en banlieue. Et ce samedi-là, on m'a envoyé me faire couper les cheveux. Je suis sorti de la maison, j'ai tourné à droite, un mauvais tournant sans doute, je ne le saurai jamais, et j'ai quitté Harlem. En partant, je laissais derrière moi un univers totalement noir. Je n'y suis jamais vraiment retourné. Je n'ai jamais regardé une fois en arrière -jusqu'à aujourd'hui. Et puis tout à coup, Harlem s'est mis à murmurer à l'oreille de mon imaginaire. Harlem s'est mis à chanter pour moi, à me parler, à me rappeler au bercail.Alors, je suis retourné à Harlem, quoique n'y ayant jamais vécu - je suis revenu pour la première fois il y a un peu plus de deux ans, revenu quoiqu'en vérité je n'y aie jamais mis les pieds, revenu quoique je n'en sois en un sens jamais parti.Harlem est ainsi fait. Pour les Noir américains, il n'existe pour ainsi dire pas d'échappatoire. Même si vous n'y avez jamais mis les pieds, vous y avez toujours vécu. Comme l'a dit un jour Ralph Ellison «Harlem est là où vont les gens de couleur», et quoi que nous fassions pour nous en sortir, son ombre plane au-dessus de nous tous.
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Harlem. Le seul bout de terre qui appartienne totalement aux Noirs d'Amérique. Dans le bien et le mal. De plus en plus dans le mal. Cela n'empêche pas le narrateur de cette extraordinaire chronique de retourner y vivre. Et ce retour délibéré est le point de départ d'un voyage envoûtant dans le quotidien et dans l'histoire de ce quartier new-yorkais qui s'effrite physiquement et moralement : les appartements délabrés, les trottoirs sordides, les sacs-poubelles remplis de rats, les enfants livrés à eux-mêmes. Mais aussi un quartier magique qui reflète l'identité d'un peuple en mal de reconnaissance. En somme, plus qu'un quartier : une inoubliable mère-patrie.Eddy L. Harris, né à Indianapolis, est diplômé de la Stanford University. Dès son premier livre, Mississippi Solo (1988), il est salué par la critique américaine. Il est également l'auteur de Jupiter et moi, paru en septembre 2005, très remarqué par la presse française. Aujourd'hui, Eddy L. Harris a quitté Harlem et élu domicile en France."Eddy L. Harris - en Marcel Proust noir -fait remonter ses souvenirs d'enfance comme des petites bulles et nous livre un Harlem plein de rumeurs, de bruits, de couleurs. " Pénélope Rault, Jalouse"Partant de cette quête de lui-même, l'écrivain arrive aux autres, à la vie."Solenn de Royer, La CroixExtrait du livre :Un vieil Italien de ma connaissance avait fui son pays dans sa jeunesse. Les fascistes prenaient du galon. L'Italie se trouvait en pleine dépression, comme le reste du monde. En ces temps-là, la vie dans un petit village devait être assez rude. Et c'est tout ce que je sais de cet homme et de ses origines. Il se peut qu'il ait fui les difficultés que connaissait l'Europe, ou la guerre qui se profilait. Il se peut qu'il ait cherché une vie meilleure que ce qui s'offrait là où il avait grandi. Pour ce que j'en sais, il est également possible qu'il ait eu envie de voir du pays. Je ne sais rien de lui, ce qui ne m'a pas empêché de le traiter de lâche; je l'ai traité de lâche parce qu'il n'était pas resté en Italie pour combattre le mal qui gagnait le pays; traité de lâche parce qu'il n'était pas resté pour lutter et faire de sa patrie l'endroit plus heureux qu'il avait cherché ailleurs.Si c'est de la lâcheté, alors moi aussi, j'ai été lâche. Comme le vieil Italien, je suis parti de chez moi. J'ai quitté cette zone de ma vie, que j'appelle aujourd'hui Harlem, sans pratiquement un regard en arrière, quitté ce qui était familier voire confortable, tourné le dos à ma famille, à mes amis et mes voisins, sur le plan de la métaphore sinon de façon absolue, du moins inconsciemment; il n'empêche que je les ai tout de même quittés. Et je ne suis jamais revenu.Depuis, je suis en quelque sorte sans foyer.Je suis parti un samedi après-midi. J'avais dix ans. Ma famille venait de déménager en banlieue. Et ce samedi-là, on m'a envoyé me faire couper les cheveux. Je suis sorti de la maison, j'ai tourné à droite, un mauvais tournant sans doute, je ne le saurai jamais, et j'ai quitté Harlem. En partant, je laissais derrière moi un univers totalement noir. Je n'y suis jamais vraiment retourné. Je n'ai jamais regardé une fois en arrière -jusqu'à aujourd'hui. Et puis tout à coup, Harlem s'est mis à murmurer à l'oreille de mon imaginaire. Harlem s'est mis à chanter pour moi, à me parler, à me rappeler au bercail.Alors, je suis retourné à Harlem, quoique n'y ayant jamais vécu - je suis revenu pour la première fois il y a un peu plus de deux ans, revenu quoiqu'en vérité je n'y aie jamais mis les pieds, revenu quoique je n'en sois en un sens jamais parti.Harlem est ainsi fait. Pour les Noir américains, il n'existe pour ainsi dire pas d'échappatoire. Même si vous n'y avez jamais mis les pieds, vous y avez toujours vécu. Comme l'a dit un jour Ralph Ellison «Harlem est là où vont les gens de couleur», et quoi que nous fassions pour nous en sortir, son ombre plane au-dessus de nous tous.
Général | |
|---|---|
Taille | 1 |
Tranche d'âge | kids |
Couleur | noir |
Sexe | male |
Marque | Liana levi |
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