



Peu de temps avant sa mort, Sartre faisait paraître dans Le Nouvel Observateur une série d'entretiens avec Benny Lévy («L'espoir maintenant») qui scandalisèrent tant par leur contenu que par leur ton.Dix ans plus tard, le moment vint de les donner vraiment à lire. Benny Lévy en proposa alors un nouvel usage.Dans ce texte «ascétique», grâce à un exceptionnel mouvement de dépouillement, Sartre tente de repenser le commencement : ne faudrait-il pas déceler dès l'origine, dans le projet propre à la conscience, une tension vers la fin, que l'échec, le tragique ne sauraient annuler ?Seul le mot de la fin - l'espoir - conduit le philosophe à la limite de la pensée occidentale et lui permet de dialoguer avec le juif réel.Benny Lévy propose ensuite de méditer ce mot de la fin.Extrait du livre :J.-P. S. - N'oublie pas qu'il y avait un nombre de juifs considérable dans le parti communiste de 1917. En un sens, on pourrait dire que c'est eux qui ont mené la révolution. Donc, là, il y a quelque chose qui ne va pas tout à fait dans le sens que tu dis.B. L. -Je te parle, bien sûr, de l'homme juif, du juif qui est resté juif. Le juif sait qu'il est menacé lorsqu'une foule se prend pour un corps mystique. Grâce à son expérience, il ne peut pas faire de la plèbe une instance pure de résistance. Il peut, au contraire, faire la discrimination entre ce qui relève de la vérité fraternelle dans un mouvement révolutionnaire et ce qui relève du sacré et de ses menaces terroristes. Est-ce que ça ne nous amène pas à la conclusion suivante : l'expérience juive est essentielle pour repenser la révolution et qu'il faut prendre toute la mesure de cette expérience ? L'homme juif est doublement concerné par notre problème. D'abord, à la source de l'idée révolutionnaire, il doit reconnaître, malgré toutes les perversions, l'idée messianique. Et, d'autre part, il est aux premières loges pour souffrir des perversions de cette idée. Une tâche s'impose donc : entendre cette idée en propre, restaurer son sens.J.-P. S. - Je pense que tu n'as pas tort.B. L. - De ce point de vue, la conjoncture intellectuelle présente un danger. Tout se passe comme si d'un peu partout on faisait du messianisme la source de tous nos maux. Quand la «nouvelle droite» prend pour cible le messianisme elle fait son boulot. Le plus grave, c'est qu'à gauche il est aussi de bon ton de s'en prendre à tous les messianismes. Mais s'est-on demandé ce qu'était le messianisme ? Le messianisme hébraïque, en propre ? Non, on fait comme si on savait. Quand va-t-on reconnaître qu'on ne sait pas, et qu'il faut savoir de toute urgence ? Peut-on encore oublier qu'à la base de la saloperie anti-juive on trouve l'ignorance ?J.-P. S. - Le messianisme était pour moi une idée vide de sens au moment où j'écrivais les Réflexions sur la question juive. S'il a pris une riche signification pour moi aujourd'hui, c'est en partie grâce à nos conversations, qui m'ont fait comprendre ce qu'il représentait pour toi.B. L. - Au temps des Réflexions sur la question juive, tu avais pensé que le juif, disons-le d'une formule provocante, était une invention de l'antisémite. En tout cas, il n'y avait pas de pensée juive, il n'y avait pas d'histoire juive. Tu as modifié ta pensée ?J.-P. S. - Non. Je garde cela comme une description superficielle du juif tel qu'il est dans le monde chrétien par exemple, quand il est constamment happé, à tous les coins de rue, par la pensée antisémite qui le dévore et qui essaie de le penser, de le prendre jusqu'au plus profond de lui-même. Certes, le juif est victime de l'antisémite. Seulement, je bornais à cela l'existence du juif. Pourtant, j'en connaissais. À l'heure qu'il est, je pense qu'il y a une réalité juive par-delà les ravages de l'antisémitisme sur les juifs, il y a une réalité profonde du juif comme du chrétien. Très différente, bien sûr, mais du même type par rapport à certains ensembles. Le juif se considère comme ayant un destin. Il faudrait que j'explique comment je suis venu à penser ça.B. L. - J'allais te le demander.
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Détails:Peu de temps avant sa mort, Sartre faisait paraître dans Le Nouvel Observateur une série d'entretiens avec Benny Lévy («L'espoir maintenant») qui scandalisèrent tant par leur contenu que par leur ton.Dix ans plus tard, le moment vint de les donner vraiment à lire. Benny Lévy en proposa alors un nouvel usage.Dans ce texte «ascétique», grâce à un exceptionnel mouvement de dépouillement, Sartre tente de repenser le commencement : ne faudrait-il pas déceler dès l'origine, dans le projet propre à la conscience, une tension vers la fin, que l'échec, le tragique ne sauraient annuler ?Seul le mot de la fin - l'espoir - conduit le philosophe à la limite de la pensée occidentale et lui permet de dialoguer avec le juif réel.Benny Lévy propose ensuite de méditer ce mot de la fin.Extrait du livre :J.-P. S. - N'oublie pas qu'il y avait un nombre de juifs considérable dans le parti communiste de 1917. En un sens, on pourrait dire que c'est eux qui ont mené la révolution. Donc, là, il y a quelque chose qui ne va pas tout à fait dans le sens que tu dis.B. L. -Je te parle, bien sûr, de l'homme juif, du juif qui est resté juif. Le juif sait qu'il est menacé lorsqu'une foule se prend pour un corps mystique. Grâce à son expérience, il ne peut pas faire de la plèbe une instance pure de résistance. Il peut, au contraire, faire la discrimination entre ce qui relève de la vérité fraternelle dans un mouvement révolutionnaire et ce qui relève du sacré et de ses menaces terroristes. Est-ce que ça ne nous amène pas à la conclusion suivante : l'expérience juive est essentielle pour repenser la révolution et qu'il faut prendre toute la mesure de cette expérience ? L'homme juif est doublement concerné par notre problème. D'abord, à la source de l'idée révolutionnaire, il doit reconnaître, malgré toutes les perversions, l'idée messianique. Et, d'autre part, il est aux premières loges pour souffrir des perversions de cette idée. Une tâche s'impose donc : entendre cette idée en propre, restaurer son sens.J.-P. S. - Je pense que tu n'as pas tort.B. L. - De ce point de vue, la conjoncture intellectuelle présente un danger. Tout se passe comme si d'un peu partout on faisait du messianisme la source de tous nos maux. Quand la «nouvelle droite» prend pour cible le messianisme elle fait son boulot. Le plus grave, c'est qu'à gauche il est aussi de bon ton de s'en prendre à tous les messianismes. Mais s'est-on demandé ce qu'était le messianisme ? Le messianisme hébraïque, en propre ? Non, on fait comme si on savait. Quand va-t-on reconnaître qu'on ne sait pas, et qu'il faut savoir de toute urgence ? Peut-on encore oublier qu'à la base de la saloperie anti-juive on trouve l'ignorance ?J.-P. S. - Le messianisme était pour moi une idée vide de sens au moment où j'écrivais les Réflexions sur la question juive. S'il a pris une riche signification pour moi aujourd'hui, c'est en partie grâce à nos conversations, qui m'ont fait comprendre ce qu'il représentait pour toi.B. L. - Au temps des Réflexions sur la question juive, tu avais pensé que le juif, disons-le d'une formule provocante, était une invention de l'antisémite. En tout cas, il n'y avait pas de pensée juive, il n'y avait pas d'histoire juive. Tu as modifié ta pensée ?J.-P. S. - Non. Je garde cela comme une description superficielle du juif tel qu'il est dans le monde chrétien par exemple, quand il est constamment happé, à tous les coins de rue, par la pensée antisémite qui le dévore et qui essaie de le penser, de le prendre jusqu'au plus profond de lui-même. Certes, le juif est victime de l'antisémite. Seulement, je bornais à cela l'existence du juif. Pourtant, j'en connaissais. À l'heure qu'il est, je pense qu'il y a une réalité juive par-delà les ravages de l'antisémitisme sur les juifs, il y a une réalité profonde du juif comme du chrétien. Très différente, bien sûr, mais du même type par rapport à certains ensembles. Le juif se considère comme ayant un destin. Il faudrait que j'explique comment je suis venu à penser ça.B. L. - J'allais te le demander.
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Peu de temps avant sa mort, Sartre faisait paraître dans Le Nouvel Observateur une série d'entretiens avec Benny Lévy («L'espoir maintenant») qui scandalisèrent tant par leur contenu que par leur ton.Dix ans plus tard, le moment vint de les donner vraiment à lire. Benny Lévy en proposa alors un nouvel usage.Dans ce texte «ascétique», grâce à un exceptionnel mouvement de dépouillement, Sartre tente de repenser le commencement : ne faudrait-il pas déceler dès l'origine, dans le projet propre à la conscience, une tension vers la fin, que l'échec, le tragique ne sauraient annuler ?Seul le mot de la fin - l'espoir - conduit le philosophe à la limite de la pensée occidentale et lui permet de dialoguer avec le juif réel.Benny Lévy propose ensuite de méditer ce mot de la fin.Extrait du livre :J.-P. S. - N'oublie pas qu'il y avait un nombre de juifs considérable dans le parti communiste de 1917. En un sens, on pourrait dire que c'est eux qui ont mené la révolution. Donc, là, il y a quelque chose qui ne va pas tout à fait dans le sens que tu dis.B. L. -Je te parle, bien sûr, de l'homme juif, du juif qui est resté juif. Le juif sait qu'il est menacé lorsqu'une foule se prend pour un corps mystique. Grâce à son expérience, il ne peut pas faire de la plèbe une instance pure de résistance. Il peut, au contraire, faire la discrimination entre ce qui relève de la vérité fraternelle dans un mouvement révolutionnaire et ce qui relève du sacré et de ses menaces terroristes. Est-ce que ça ne nous amène pas à la conclusion suivante : l'expérience juive est essentielle pour repenser la révolution et qu'il faut prendre toute la mesure de cette expérience ? L'homme juif est doublement concerné par notre problème. D'abord, à la source de l'idée révolutionnaire, il doit reconnaître, malgré toutes les perversions, l'idée messianique. Et, d'autre part, il est aux premières loges pour souffrir des perversions de cette idée. Une tâche s'impose donc : entendre cette idée en propre, restaurer son sens.J.-P. S. - Je pense que tu n'as pas tort.B. L. - De ce point de vue, la conjoncture intellectuelle présente un danger. Tout se passe comme si d'un peu partout on faisait du messianisme la source de tous nos maux. Quand la «nouvelle droite» prend pour cible le messianisme elle fait son boulot. Le plus grave, c'est qu'à gauche il est aussi de bon ton de s'en prendre à tous les messianismes. Mais s'est-on demandé ce qu'était le messianisme ? Le messianisme hébraïque, en propre ? Non, on fait comme si on savait. Quand va-t-on reconnaître qu'on ne sait pas, et qu'il faut savoir de toute urgence ? Peut-on encore oublier qu'à la base de la saloperie anti-juive on trouve l'ignorance ?J.-P. S. - Le messianisme était pour moi une idée vide de sens au moment où j'écrivais les Réflexions sur la question juive. S'il a pris une riche signification pour moi aujourd'hui, c'est en partie grâce à nos conversations, qui m'ont fait comprendre ce qu'il représentait pour toi.B. L. - Au temps des Réflexions sur la question juive, tu avais pensé que le juif, disons-le d'une formule provocante, était une invention de l'antisémite. En tout cas, il n'y avait pas de pensée juive, il n'y avait pas d'histoire juive. Tu as modifié ta pensée ?J.-P. S. - Non. Je garde cela comme une description superficielle du juif tel qu'il est dans le monde chrétien par exemple, quand il est constamment happé, à tous les coins de rue, par la pensée antisémite qui le dévore et qui essaie de le penser, de le prendre jusqu'au plus profond de lui-même. Certes, le juif est victime de l'antisémite. Seulement, je bornais à cela l'existence du juif. Pourtant, j'en connaissais. À l'heure qu'il est, je pense qu'il y a une réalité juive par-delà les ravages de l'antisémitisme sur les juifs, il y a une réalité profonde du juif comme du chrétien. Très différente, bien sûr, mais du même type par rapport à certains ensembles. Le juif se considère comme ayant un destin. Il faudrait que j'explique comment je suis venu à penser ça.B. L. - J'allais te le demander.
Général | |
|---|---|
Tranche d'âge | Adulte |
Sexe | male |
Matériau | érable |
Marque | Verdier |
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