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Le 1 Hors-Série - Kamel Daoud, le courage des Mots
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Le 1 Hors-Série - Kamel Daoud, le courage des Mots

Le soldat qui rêvait de lys blancs Il rêvait de lys blancs, D'un rameau d'olivier, Des seins de son aimée épanouis le soir. Il rêvait, il me l'a dit, d'un oiseau Et des fleurs de l'oranger. Sans compliquer son rêve, il percevait les choses Telles qu'il les ressentait... et les sentait. Une patrie, il me l'a dit, C'est savourer le café de sa mère, C'est rentrer à la tombée du jour. Et la terre ? Je lui demandai. Il répondit : Je ne la connaissais pas. Je ne sentais pas qu'elle était ma peau et mon coeur, Ainsi qu'il est dit dans les poèmes. Mais soudain je la vis, Comme on voit une boutique... une rue... des journaux. Je lui demandai : L'aimes-tu ? Il répondit : Mon amour est une brève promenade, Un verre de vin... une aventure. - Donnerais-tu ta vie pour elle ? - Non ! Je ne suis lié à cette terre que par un éditorial... un discours enflammé ! On m'a enseigné à aimer son amour. Mais je n'ai pas senti son coeur se fondre avec le mien. Je n'ai pas humé l'herbe, les racines et les branches... - À quoi ressemblait son amour ? Brûlant comme les soleils... la nostalgie ? Il fit front : - Ma voie à l'amour est un fusil, Des fêtes revenues de vestiges anciens, Le silence d'une statue antique D'époque et d'origine indéterminées ! Il me parla de l'instant des adieux, De sa mère Pleurant en silence lorsqu'on l'envoya Quelque part sur le front... De sa voix éplorée, Gravant sous sa peau un souhait nouveau : Aah si seulement les colombes grandissaient au ministère de la défense... Aah si les colombes !...... Il fuma une cigarette, puis il me dit Comme s'il échappait d'un marécage de sang : J'ai rêvé de lys blancs, D'un rameau d'olivier... D'un oiseau étreignant le matin Sur la branche d'un citronnier... - Qu'as-tu vu ? - Mes actes, Ronces rouges explosées dans le sable... les poitrines... et les entrailles. - Combien en as-tu tué ? - Difficile de les compter... Mais je n'ai été décoré qu'une fois. Je lui demandai, me faisant violence : S'il en est ainsi, décris-moi un seul cadavre. Il rectifia sa position, caressa son journal plié Et me dit comme s'il me chantait une ritournelle : Tente de vent sur les gravats, L'homme enlaçait les astres brisés. Une couronne de sang ceignait son large front Et sa poitrine était sans médailles, Puisqu'il s'était mal battu. Il avait l'aspect d'un paysan, d'un ouvrier ou d'un marchand ambulant. Tente de vent sur les gravats... Il mourut Les bras jetés comme deux ruisseaux à sec. Et lorsque j'ai cherché son nom dans ses poches, J'ai trouvé deux photos, L'une... de sa femme, L'autre... de sa fille... Je lui demandai : En as-tu été attristé ? Il m'interrompit : Mahmoud, mon ami, La tristesse est un oiseau blanc Étranger aux champs de bataille. Et les soldats Commettent un péché, s'ils s'affligent. Je n'étais, là-bas, qu'une machine crachant un feu rouge Et changeant l'espace en un oiseau noir. Plus tard, Il me parla de son premier amour, De rues lointaines, Des réactions après la guerre, Des fanfaronnades à la radio et dans les journaux. Et lorsqu'il dissimula sa toux dans son mouchoir, Je lui demandai : Nous reverrons-nous ? Il me répondit : Dans une ville lointaine.Au quatrième verre, J'ai dit, taquin : Ainsi tu partirais... Et la patrie ? Il me répondit : Laisse tomber... Je rêve de lys blancs, D'une rue qui gazouille et d'une maison éclairée. Je quête un coeur bon, non des munitions, Un jour ensoleillé, non un instant de folle victoire-fasciste. Je quête un enfant souriant au jour, Non une place dans la machine de guerre. Je suis venu ici vivre le lever des soleils, Non leur coucher.Il me fit ses adieux... Il était à la recherche de lys blancs, D'un oiseau accueillant le matin Sur un rameau d'olivier. Il percevait les choses Telles qu'il les ressentait... et les sentait. La patrie, il me l'a dit, C'est boire le café de sa mère Et rentrer, à la tombée du jour, rassuré. (1967)Poème choisi par Kamel Daoud, extrait du recueil La terre nous est étroite, trad. Elias Sanbar, 2000 © Éditions Gallimard Illustration © Jonathan Blezard

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Le soldat qui rêvait de lys blancs Il rêvait de lys blancs, D'un rameau d'olivier, Des seins de son aimée épanouis le soir. Il rêvait, il me l'a dit, d'un oiseau Et des fleurs de l'oranger. Sans compliquer son rêve, il percevait les choses Telles qu'il les ressentait... et les sentait. Une patrie, il me l'a dit, C'est savourer le café de sa mère, C'est rentrer à la tombée du jour. Et la terre ? Je lui demandai. Il répondit : Je ne la connaissais pas. Je ne sentais pas qu'elle était ma peau et mon coeur, Ainsi qu'il est dit dans les poèmes. Mais soudain je la vis, Comme on voit une boutique... une rue... des journaux. Je lui demandai : L'aimes-tu ? Il répondit : Mon amour est une brève promenade, Un verre de vin... une aventure. - Donnerais-tu ta vie pour elle ? - Non ! Je ne suis lié à cette terre que par un éditorial... un discours enflammé ! On m'a enseigné à aimer son amour. Mais je n'ai pas senti son coeur se fondre avec le mien. Je n'ai pas humé l'herbe, les racines et les branches... - À quoi ressemblait son amour ? Brûlant comme les soleils... la nostalgie ? Il fit front : - Ma voie à l'amour est un fusil, Des fêtes revenues de vestiges anciens, Le silence d'une statue antique D'époque et d'origine indéterminées ! Il me parla de l'instant des adieux, De sa mère Pleurant en silence lorsqu'on l'envoya Quelque part sur le front... De sa voix éplorée, Gravant sous sa peau un souhait nouveau : Aah si seulement les colombes grandissaient au ministère de la défense... Aah si les colombes !...... Il fuma une cigarette, puis il me dit Comme s'il échappait d'un marécage de sang : J'ai rêvé de lys blancs, D'un rameau d'olivier... D'un oiseau étreignant le matin Sur la branche d'un citronnier... - Qu'as-tu vu ? - Mes actes, Ronces rouges explosées dans le sable... les poitrines... et les entrailles. - Combien en as-tu tué ? - Difficile de les compter... Mais je n'ai été décoré qu'une fois. Je lui demandai, me faisant violence : S'il en est ainsi, décris-moi un seul cadavre. Il rectifia sa position, caressa son journal plié Et me dit comme s'il me chantait une ritournelle : Tente de vent sur les gravats, L'homme enlaçait les astres brisés. Une couronne de sang ceignait son large front Et sa poitrine était sans médailles, Puisqu'il s'était mal battu. Il avait l'aspect d'un paysan, d'un ouvrier ou d'un marchand ambulant. Tente de vent sur les gravats... Il mourut Les bras jetés comme deux ruisseaux à sec. Et lorsque j'ai cherché son nom dans ses poches, J'ai trouvé deux photos, L'une... de sa femme, L'autre... de sa fille... Je lui demandai : En as-tu été attristé ? Il m'interrompit : Mahmoud, mon ami, La tristesse est un oiseau blanc Étranger aux champs de bataille. Et les soldats Commettent un péché, s'ils s'affligent. Je n'étais, là-bas, qu'une machine crachant un feu rouge Et changeant l'espace en un oiseau noir. Plus tard, Il me parla de son premier amour, De rues lointaines, Des réactions après la guerre, Des fanfaronnades à la radio et dans les journaux. Et lorsqu'il dissimula sa toux dans son mouchoir, Je lui demandai : Nous reverrons-nous ? Il me répondit : Dans une ville lointaine.Au quatrième verre, J'ai dit, taquin : Ainsi tu partirais... Et la patrie ? Il me répondit : Laisse tomber... Je rêve de lys blancs, D'une rue qui gazouille et d'une maison éclairée. Je quête un coeur bon, non des munitions, Un jour ensoleillé, non un instant de folle victoire-fasciste. Je quête un enfant souriant au jour, Non une place dans la machine de guerre. Je suis venu ici vivre le lever des soleils, Non leur coucher.Il me fit ses adieux... Il était à la recherche de lys blancs, D'un oiseau accueillant le matin Sur un rameau d'olivier. Il percevait les choses Telles qu'il les ressentait... et les sentait. La patrie, il me l'a dit, C'est boire le café de sa mère Et rentrer, à la tombée du jour, rassuré. (1967)Poème choisi par Kamel Daoud, extrait du recueil La terre nous est étroite, trad. Elias Sanbar, 2000 © Éditions Gallimard Illustration © Jonathan Blezard

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Le soldat qui rêvait de lys blancs Il rêvait de lys blancs, D'un rameau d'olivier, Des seins de son aimée épanouis le soir. Il rêvait, il me l'a dit, d'un oiseau Et des fleurs de l'oranger. Sans compliquer son rêve, il percevait les choses Telles qu'il les ressentait... et les sentait. Une patrie, il me l'a dit, C'est savourer le café de sa mère, C'est rentrer à la tombée du jour. Et la terre ? Je lui demandai. Il répondit : Je ne la connaissais pas. Je ne sentais pas qu'elle était ma peau et mon coeur, Ainsi qu'il est dit dans les poèmes. Mais soudain je la vis, Comme on voit une boutique... une rue... des journaux. Je lui demandai : L'aimes-tu ? Il répondit : Mon amour est une brève promenade, Un verre de vin... une aventure. - Donnerais-tu ta vie pour elle ? - Non ! Je ne suis lié à cette terre que par un éditorial... un discours enflammé ! On m'a enseigné à aimer son amour. Mais je n'ai pas senti son coeur se fondre avec le mien. Je n'ai pas humé l'herbe, les racines et les branches... - À quoi ressemblait son amour ? Brûlant comme les soleils... la nostalgie ? Il fit front : - Ma voie à l'amour est un fusil, Des fêtes revenues de vestiges anciens, Le silence d'une statue antique D'époque et d'origine indéterminées ! Il me parla de l'instant des adieux, De sa mère Pleurant en silence lorsqu'on l'envoya Quelque part sur le front... De sa voix éplorée, Gravant sous sa peau un souhait nouveau : Aah si seulement les colombes grandissaient au ministère de la défense... Aah si les colombes !...... Il fuma une cigarette, puis il me dit Comme s'il échappait d'un marécage de sang : J'ai rêvé de lys blancs, D'un rameau d'olivier... D'un oiseau étreignant le matin Sur la branche d'un citronnier... - Qu'as-tu vu ? - Mes actes, Ronces rouges explosées dans le sable... les poitrines... et les entrailles. - Combien en as-tu tué ? - Difficile de les compter... Mais je n'ai été décoré qu'une fois. Je lui demandai, me faisant violence : S'il en est ainsi, décris-moi un seul cadavre. Il rectifia sa position, caressa son journal plié Et me dit comme s'il me chantait une ritournelle : Tente de vent sur les gravats, L'homme enlaçait les astres brisés. Une couronne de sang ceignait son large front Et sa poitrine était sans médailles, Puisqu'il s'était mal battu. Il avait l'aspect d'un paysan, d'un ouvrier ou d'un marchand ambulant. Tente de vent sur les gravats... Il mourut Les bras jetés comme deux ruisseaux à sec. Et lorsque j'ai cherché son nom dans ses poches, J'ai trouvé deux photos, L'une... de sa femme, L'autre... de sa fille... Je lui demandai : En as-tu été attristé ? Il m'interrompit : Mahmoud, mon ami, La tristesse est un oiseau blanc Étranger aux champs de bataille. Et les soldats Commettent un péché, s'ils s'affligent. Je n'étais, là-bas, qu'une machine crachant un feu rouge Et changeant l'espace en un oiseau noir. Plus tard, Il me parla de son premier amour, De rues lointaines, Des réactions après la guerre, Des fanfaronnades à la radio et dans les journaux. Et lorsqu'il dissimula sa toux dans son mouchoir, Je lui demandai : Nous reverrons-nous ? Il me répondit : Dans une ville lointaine.Au quatrième verre, J'ai dit, taquin : Ainsi tu partirais... Et la patrie ? Il me répondit : Laisse tomber... Je rêve de lys blancs, D'une rue qui gazouille et d'une maison éclairée. Je quête un coeur bon, non des munitions, Un jour ensoleillé, non un instant de folle victoire-fasciste. Je quête un enfant souriant au jour, Non une place dans la machine de guerre. Je suis venu ici vivre le lever des soleils, Non leur coucher.Il me fit ses adieux... Il était à la recherche de lys blancs, D'un oiseau accueillant le matin Sur un rameau d'olivier. Il percevait les choses Telles qu'il les ressentait... et les sentait. La patrie, il me l'a dit, C'est boire le café de sa mère Et rentrer, à la tombée du jour, rassuré. (1967)Poème choisi par Kamel Daoud, extrait du recueil La terre nous est étroite, trad. Elias Sanbar, 2000 © Éditions Gallimard Illustration © Jonathan Blezard

Spécifications du produit

Général

Taille

1

Marque

Revue Le Un

Tranche d'âge

Adulte

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blanc/rouge/noir

Sexe

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