



«Burroughs a le goût du rebondissement, de la surprise, du détail grotesque et des incidents qui entraînent son héros, lui-même, vers les bas-fonds, en toute ville qu'il aille. Il faut lire ses listes de drogues, le récit de ses fréquentations, de ses cures de désintoxication pour apprécier la dimension monstrueuse de l'exercice de survie qu'il s'est imposé en faisant de son corps et de sa prose un filtre universel pour tous les poisons, chimiques ou intellectuels, de son temps. On le salue bien bas.» (Michel Braudeau, Le Monde).«Burroughs est le hiérophante qui nous fait traverser l'empire des morts : la civilisation occidentale empoisonnée. Qu'on ne chercher pas de conventions dans ces contrées. Le voyage vers les terres occidentales est un pari sur l'immortalité. [...] La prose incantatoire de Burroughs libère un monde où les mythes refusent de disparaître et confortent la réalité.» (Michel Bulteau, Le Figaro)Né à Saint-Louis en 1914, William Burroughs émigre à New York à la fin de ses études et s'installe avec Joan Vollmer, qu'il épouse en 1946, dans un appartement partagé avec Jack Kerouac et Edie Parker. C'est à cette époque qu'il rencontre Allen Ginsberg et devient héroïnomane. Il commence à écrire vers 1950 et tue accidentellement sa femme en 1951. Il s'éclipse alors en Amérique du Sud avant de s'installer à Tanger en 1954. Après une cure de désintoxication à Londres, il emménage dans un hôtel parisien où il élabore la technique du «cut-up». C'est en 1975 qu'il repart vivre à New York, où il est reconnu comme écrivain majeur de la littérature américaine. Il meurt en 1997 à 83 ans. L'essentiel de son oeuvre a paru chez Christian Bourgois.Extrait du livre :Pour les Anciens Egyptiens, l'homme avait sept âmes.La toute première, et la première d'ailleurs à s'envoler à l'heure de la mort, est le Nom Secret : Ren. Lequel équivaut à mon Metteur en Scène, qui dirige le film de votre vie, de l'instant où vous êtes conçu à celui où vous mourrez. Le Nom Secret est le titre de votre film personnel. Et c'est quand vous mourrez que Ren fait sa rentrée.La deuxième âme, et la deuxième à fuir le tout au loin, presque sur la ligne d'horizon. Et il s'entraînait à tirer avec son P 38, conçu par un armurier pour sa seule main. Il pouvait pulvériser des boules de neige en l'air.Retour à une ferme réquisitionnée sans trop de ménagement pour les proprios. Une équipe s'est chargée de les évacuer... nécessairement... morts, voyez-vous... Ampoules, seringues et alcool déjà prêts. Le colonel est un type mince, d'une cinquantaine d'années, très aristo avec un nez en lame de couteau, des lèvres fines et de petites veines bleues, pas faciles à choper. Mais Wilhelm aurait pu trouver les veines d'une momie.- Permettez-moi, mon colonel.Le sang s'épanouit dans la seringue et il enfonce le piston.- Sieg Heil ! souffle le colonel.Wilhelm se fait un garrot... ah, chaleur bénie...- Heil Hitler !- Heil Hitler !Wilhelm sait que l'entreprise est délirante, comme celle de Napoléon. Un vers de Hugo lui revient : «Il neigeait, neigeait, neigeait...»Il sait que le colonel pense comme lui. Comment échapper à ce dingue et sauver nos miches ? Mais mieux vaut garder par-devers soi de telles pensées. Tandis que l'offensive russe se renforce et que les Alliés se rapprochent de Berlin, gaffe à ce qu'on dit et même à ce qu'on pense. Les chiens noirs flairent le défaitisme et la traîtrise. Un mot malheureux, et on peut se retrouver pendu entre des partisans russes, avec au cou un écriteau : «Voici un salaud qui a trahi ses camarades. Et le voilà mort à jamais.» Tel fut le cas de ce lieutenant. Les officiers n'échappent pas à ce genre d'exécutions sommaires... tout au contraire. Alors, autant rester kalt, et tout observer en rongeant son frein.Au-dehors, des détonations... Wilhelm remballe came et seringues. Ils vont devoir se replier, bien qu'ils aient reçu ordre de défendre leur position bis in der Tod. «Goebbels, Goering et Hitler ont qu'à venir s'y mettre, gronde le colonel. Moi, je me replie.»
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«Burroughs a le goût du rebondissement, de la surprise, du détail grotesque et des incidents qui entraînent son héros, lui-même, vers les bas-fonds, en toute ville qu'il aille. Il faut lire ses listes de drogues, le récit de ses fréquentations, de ses cures de désintoxication pour apprécier la dimension monstrueuse de l'exercice de survie qu'il s'est imposé en faisant de son corps et de sa prose un filtre universel pour tous les poisons, chimiques ou intellectuels, de son temps. On le salue bien bas.» (Michel Braudeau, Le Monde).«Burroughs est le hiérophante qui nous fait traverser l'empire des morts : la civilisation occidentale empoisonnée. Qu'on ne chercher pas de conventions dans ces contrées. Le voyage vers les terres occidentales est un pari sur l'immortalité. [...] La prose incantatoire de Burroughs libère un monde où les mythes refusent de disparaître et confortent la réalité.» (Michel Bulteau, Le Figaro)Né à Saint-Louis en 1914, William Burroughs émigre à New York à la fin de ses études et s'installe avec Joan Vollmer, qu'il épouse en 1946, dans un appartement partagé avec Jack Kerouac et Edie Parker. C'est à cette époque qu'il rencontre Allen Ginsberg et devient héroïnomane. Il commence à écrire vers 1950 et tue accidentellement sa femme en 1951. Il s'éclipse alors en Amérique du Sud avant de s'installer à Tanger en 1954. Après une cure de désintoxication à Londres, il emménage dans un hôtel parisien où il élabore la technique du «cut-up». C'est en 1975 qu'il repart vivre à New York, où il est reconnu comme écrivain majeur de la littérature américaine. Il meurt en 1997 à 83 ans. L'essentiel de son oeuvre a paru chez Christian Bourgois.Extrait du livre :Pour les Anciens Egyptiens, l'homme avait sept âmes.La toute première, et la première d'ailleurs à s'envoler à l'heure de la mort, est le Nom Secret : Ren. Lequel équivaut à mon Metteur en Scène, qui dirige le film de votre vie, de l'instant où vous êtes conçu à celui où vous mourrez. Le Nom Secret est le titre de votre film personnel. Et c'est quand vous mourrez que Ren fait sa rentrée.La deuxième âme, et la deuxième à fuir le tout au loin, presque sur la ligne d'horizon. Et il s'entraînait à tirer avec son P 38, conçu par un armurier pour sa seule main. Il pouvait pulvériser des boules de neige en l'air.Retour à une ferme réquisitionnée sans trop de ménagement pour les proprios. Une équipe s'est chargée de les évacuer... nécessairement... morts, voyez-vous... Ampoules, seringues et alcool déjà prêts. Le colonel est un type mince, d'une cinquantaine d'années, très aristo avec un nez en lame de couteau, des lèvres fines et de petites veines bleues, pas faciles à choper. Mais Wilhelm aurait pu trouver les veines d'une momie.- Permettez-moi, mon colonel.Le sang s'épanouit dans la seringue et il enfonce le piston.- Sieg Heil ! souffle le colonel.Wilhelm se fait un garrot... ah, chaleur bénie...- Heil Hitler !- Heil Hitler !Wilhelm sait que l'entreprise est délirante, comme celle de Napoléon. Un vers de Hugo lui revient : «Il neigeait, neigeait, neigeait...»Il sait que le colonel pense comme lui. Comment échapper à ce dingue et sauver nos miches ? Mais mieux vaut garder par-devers soi de telles pensées. Tandis que l'offensive russe se renforce et que les Alliés se rapprochent de Berlin, gaffe à ce qu'on dit et même à ce qu'on pense. Les chiens noirs flairent le défaitisme et la traîtrise. Un mot malheureux, et on peut se retrouver pendu entre des partisans russes, avec au cou un écriteau : «Voici un salaud qui a trahi ses camarades. Et le voilà mort à jamais.» Tel fut le cas de ce lieutenant. Les officiers n'échappent pas à ce genre d'exécutions sommaires... tout au contraire. Alors, autant rester kalt, et tout observer en rongeant son frein.Au-dehors, des détonations... Wilhelm remballe came et seringues. Ils vont devoir se replier, bien qu'ils aient reçu ordre de défendre leur position bis in der Tod. «Goebbels, Goering et Hitler ont qu'à venir s'y mettre, gronde le colonel. Moi, je me replie.»
Général | |
|---|---|
Tranche d'âge | Adulte |
Couleur | bleues |
Sexe | female |
Taille | 38 |
Marque | Bourgois |
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